Quels
sont alors les impacts de ces nouveaux
paramètres sur la conception des
futures Supply Chains ? C’est ce
à quoi veut répondre le
rapport du GCI (Global Commerce Initiative)
intitulé "2016 Future Supply
Chain", validé récemment
par l’ensemble des sociétés
du GCI.
«
C’est un rapport qui prend en
compte tous les paramètres susceptibles
d’influencer les Supply Chains de
demain, notamment les aspects économiques,
les localisations de certaines productions
et le développement durable
», explique Roland Dachs (Crown
et Président de l’ASLOG de
2004 à 2007), ajoutant que ce rapport
« est aussi complet que possible
dans son analyse des tendances du futur
».
La
Supply Chain future sera fondée
sur le partage d’informations entre
tous les acteurs intervenant sur celle-ci
: les consommateurs, les fournisseurs,
les producteurs, les prestataires logistiques
et les distributeurs. Les produits manufacturés
seront expédiés vers des
entrepôts collaboratifs, c’est-à-dire
mutualisés, au sein desquels plusieurs
producteurs stockent leurs marchandises.
Un transport collaboratif part de ces
entrepôts pour alimenter des hubs
urbains et des centres de consolidations
régionaux (dans les zones non urbaines)
à partir desquels seront organisées
les opérations de distribution
finale vers le consommateur (magasin de
détail, points relais, domiciles
des particuliers).
La réponse de toute une industrie
Le
Global Commerce Initiative (GCI) est une
plate-forme de travail créée
en 1969 par des distributeurs et des fabricants
de produits de grande consommation afin
de faciliter l’intégration
de la chaîne d’approvisionnement
et de simplifier les processus commerciaux…
Aujourd’hui, il réunit les
acteurs de la distribution : Carrefour,
Metro, Royal Ahold, Tesco, Wal-Mart Stores...
des industriels : Black & Decker,
British American Tobacco, Coca- Cola,
Colgate-Palmolive, Danone, GlaxoSmithKline,
Henkel, Johnson & Johnson, Kellog
Europe, Kraft Foods, L’Oréal,
Nestlé, P&G, Philips, Reckitt
Benckiser, Sara Lee International, Unilever…
et leurs fournisseurs tels que Crown,
ainsi que des organisations partenaires.
« Au travers de cette étude
du GCI, c’est une industrie tout
entière (avec un poids considérable
sue le PIB mondial) qui s’exprime»,
indique Roland Dachs.
Les
maîtres mots de l’étude
: économie, développement
durable, collaboration, compétences
«
Il ne s’agit pas de rentrer
dans un processus inflationniste, mais
au contraire de trouver des solutions
qui permettent de réduire les coûts,
et aussi de contribuer au maintien du
pouvoir d’achat », poursuit
Roland Dachs, pour qui, « il
est possible d’assurer le développement
durable en jouant sur les infrastructures
en mode collaboratif : il faut partager
les magasins, partager les transports,
partager des systèmes informatiques,
bref, partager tout ce qui permet de réaliser
des économies ». Dès
lors, la hausse des coûts devrait
être en partie compensée
par la productivité tirée
des futurs systèmes logistiques
collaboratifs.
Des idées fortes sont applicables
dans toutes les Supply Chains considérées
au travers d’une collaboration renforcée
visant à maximiser les gains de
chacune d’elles, et ce, selon un
calendrier propre à chaque Supply
Chain. Pour le prouver, GCI a considéré
dans le détail cinq cas concrets
: les céréales, produits
blancs, les boissons, les légumes,
le café… qui ont servi de
base à sa réflexion.
Le
rapport cite sept domaines d’innovation
que sont la logistique dans le magasin,
la collaboration sur les flux physiques,
la reverse logistics, la gestion de la
fluctuation de la demande, l’identification
et l’étiquetage des produits,
l’efficacité des actifs,
le contrôle et le pilotage de l’activité.
Au-delà
des tendances, il faut convenir que chacune
de ces Supply Chains possède ses
spécificités et celles-ci
doivent être prises en compte lors
de leur conception. Selon Roland Dachs,
« ces différentes Supply
Chains ont été modélisées,
en intégrant divers aspects novateurs
possibles et déjà expérimentés.
Les simulations permettant de les optimiser
font ressortir une bonne nouvelle. L’intégration
du changement et de l’innovation
permet d’obtenir des économies
de l’ordre de 20 % ».
Plus précisément, la re-conception
d’une Supply Chain devrait permettre
de réduire le coût du transport
de chaque palette de plus de 30 % et le
coût de manutention de cette palette
d’environ 20 %, d’abaisser
les délais de 40 %, et de diminuer
les émissions de CO2 de l’ordre
de 25 %, tout en améliorant la
disponibilité des marchandises.
Et ce, sans tenir compte des économies
d’énergie supplémentaires
apportées par les actifs bénéficiant
d’une plus grande efficacité
énergétique, tels que les
bâtiments "verts", et
les camions gros porteurs satisfaisant
à des règlements plus sévères,
et dont l’aérodynamique aura
été améliorée.
Dans
les annexes figurent les détails
des calculs et de chaque modèle,
pour les cinq Supply Chains considérées.
Il est bien entendu possible de s’inspirer
de ces éléments pour évaluer
et reconcevoir toute autre Supply Chain
particulière s’étendant
du producteur au consommateur. On y découvre
également différents cas
concrets décrivant des pratiques
logistiques courantes, et leur modélisation
afin de constater les avantages réels
obtenus. : c’est ainsi que le détaillant
néerlandais Schuitema a étendu
le déploiement de la technologie
RFID pour le suivi de bacs récupérables
en plastique renfermant des légumes
prêts à cuire , contribuant
aussi a l’accroissement des ventes
. De son côté, American Textile
Company a amélioré l’exploitation
des données issues de ses points
de vente, lui donnant l’occasion
d’améliorer ses ventes de
116 %. Le rapport cite également
une opération de gestion mutualisée
des approvisionnements en France, entre
Benedicta, Nutrimaine et Lustucru, associant
un prestataire logistique (FM Logistics),
six transporteurs régionaux et
un grand de la distribution (Carrefour)
: selon le rapport, elle a permis d’améliorer
la fréquence moyenne de livraison
de 34 %, d’accroître la charge
moyenne par livraison de 115 %, de réduire
de 16 % la couverture moyenne de stock
dans les centres régionaux de distribution,
tout en maintenant le taux de service
à 99,6 %.
D’autres exemples concernent la
reverse logistics de HP, la gestion des
fluctuations de la demande par Philips,
et par Scotts qui a pour principaux clients
Wal-Mart, Home Depot et Lowe’s…
Les
freins à la mise en oeuvre de la
Supply Chain future
Pour
Roland Dachs, « le frein principal
à la mise en oeuvre de ces modèles,
ce sont les processus de collaboration,
dont on parle beaucoup, mais dont il convient
d’accélérer la mise
en place». Les Supply Chains du
passé ne sont plus efficaces aujourd’hui.
Les consommateurs eux-mêmes vont
devoir payer de plus en plus cher pour
aller faire leurs courses. Il est essentiel
de parvenir à mutualiser les magasins,
les hubs, les transports, les infrastructures…
ce qui n’est pas encore suffisamment
réalisé aujourd’hui.
Bref, la collaboration s’impose
comme l’impératif de demain.
De
nouveaux métiers pour la Supply
Chain de demain
Cette
analyse accentue l’importance des
métiers de la Supply Chain, qui
outre les compétences du «
métier d’architecte de Supply
Chains intégrées »,
requièrent a tous les postes des
compétences « collaboratives
» pour travailler en réseau,
sans oublier les compétences étendues
en optimisation, en économie, en
développement durable, et en management
du changement pour réussir a mettre
en place rapidement les innovations possibles.
Le
passé ne va pas refléter
le futur
Aujourd’hui,
les Supply Chain sont mondiales. Elles
démarrent sur les lieux de production,
en Europe en Chine, Inde ….et s’étendent
jusqu’aux centres de distribution
de tous les continents. Les tendances
tirées de l’étude
GCI vont peut-être nous amener à
revoir de fond en comble les organisations
actuelles, a collaborer et partager davantage,
à relocaliser certains sites de
production, à déployer des
Supply Chain locales plus proches des
villes et des consommateurs, voire à
basculer les Supply Chains mondiales vers
des régions encore mal moins développées
comme l’Afrique... Pourquoi pas
?
Propos
recueillis par Jean-Claude Festinger