ASLOGLe développement durable est un concept qui séduit nombre d’acteurs de la logistique, mais certains aspects semblent être parfois oubliés. Ce qui donne l’occasion à l’ADEME de porter un regard critique sur l’ensemble des démarches logistiques qui ont été initiées ou qui sont mises en avant. de façon à pouvoir mettre en oeuvre une logistique durable intelligente et crédible. Trois points sont abordés par Mathias Copy : d’abord les chiffres clés de la logistique en région Rhône Alpes, puis les démarches environnementales crédibles en faveur du développement durable, enfin un exemple concret : l’Indice Carbone sur lequel l’ADEME et Casino ont travaillé de concert pour présenter au moins de juin dernier l’étiquetage carbone d’un certain nombre de produits à marque propre.

L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) est un établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle conjointe du ministère de l’Ecologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT), et du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. « La lutte contre les changements climatiques est dorénavant placée en tête des priorités de l’ADEME qui a un rôle sans précédent pour conseiller le Gouvernement et les parties prenantes du Grenelle sur l’efficacité énergétique, la maîtrise de l’énergie et les énergies renouvelables, mais également sur la qualité de l’air et la lutte contre le bruit » explicite Mathias Copy : « stimulées par la hausse du gazole, les entreprises ont compris que la notion de développement durable pouvait être une opportunité pour concilier respect de l’environnement et compétitivité ».

En Rhône-Alpes, selon l’OPALE (Observatoire Partenarial Lyonnais en Économie), les chiffres clés de la logistique s’établissent comme suit :
- Entreposage : 3,9 millions de mètres carrés d’entrepôts dans la Région Urbaine Lyonnaise, dont 44% en Nord-Isère,
- Les trois quarts des bâtiments logistiques sont anciens,
- Tassement des transactions effectif depuis 2007,
- Disponibilité : 310 000 m² sont immédiatement disponibles (à la date du 31 décembre 2007),
- Un potentiel de développement logistique existe majoritairement en Nord –Isère, même si d’autres potentiels de développement ont été identifiés par le DDE notamment autour des sites d’Easydis.

Ce sont par ailleurs 185 millions de tonnes de marchandises qui ont été transportées en 2006 à l’intérieur de la région Rhône Alpes avec une large prédominance pour la route (98%). Les flux interrégionaux (109 Mt) font encore la part belle à la route (89%), contre le fer (8%) et les voies navigables (3%). En outre, on dénombre 35 entrepôts embranchés fer en Rhône Alpes, mais seuls 15 d’entre eux pratiquent le ferroutage, ce qui correspond à un marché marginal du transport de marchandises. « Pourtant, note Mathias Copy, jusqu’à présent, l’ADEME aide les entreprises de transport routier de marchandises à l’acquisition de caisses mobiles rail-route pour encourager l’intermodalité et le transport de marchandises par la voie ferrée ou par la voie fluviale ».

Logistique et démarche HQE

« Un projet pilote est en cours de développement à Saint-Quentin Fallavier sur 45 000 m² d’entrepôt logistique et 3000 m² de bureaux » poursuit Mathias Copy. Un site connecté à l’autoroute A43, qui sera embranché fer. Il prend appui sur le référentiel HQE élaboré par le CSTB et sa filiale Certivéa.
Qu’en est-il de ce référentiel HQE ? La Haute Qualité Environnementale (HQE) se définit comme une démarche de management de projet visant à obtenir la qualité environnementale dans une opération de construction ou de réhabilitation. L’obtention des performances environnementales de l’ouvrage est autant une question de management environnemental qu’une question architecturale et technique. « L’une des méthodes les plus fiables pour y parvenir est de s’appuyer sur une organisation efficace et rigoureuse du projet » dit Mathias Copy. C'est pourquoi le référentiel technique de certification est structuré en deux volets permettant d’évaluer les performances atteintes sur les éléments structurants de la démarche HQE :
- le référentiel du Système de Management de l’Opération (SMO) pour évaluer le management environnemental mis en oeuvre par le maître d’ouvrage ;
- le référentiel de la Qualité Environnementale du Bâtiment (QEB) pour évaluer la performance architecturale et technique de l’ouvrage.

La mise en oeuvre d’un Système de Management d’Opération permet de définir la Qualité Environnementale visée pour le bâtiment et d’organiser l’opération de façon à l’atteindre, tout en maîtrisant l’ensemble des processus opérationnels liés à la programmation, la conception et la réalisation de l’ouvrage.

La Qualité Environnementale du Bâtiment vise, quant à elle, 14 cibles (ensembles de préoccupations) à un niveau très performant, qu’on peut regrouper en 4 familles :

Site et construction
Cible n° 1 : Relation du bâtiment avec son environnement immédiat,
Cible n° 2 : Choix intègre des produits, systèmes et procédés de construction,
Cible n° 3 : Chantier a faible impact environnemental,

Gestion
Cible n° 4 : Gestion de l’énergie,
Cible n° 5 : Gestion de l’eau,
Cible n° 6 : Gestion des déchets d’activités,
Cible n° 7 : Maintenance – Pérennité des performances environnementales,

Confort
Cible n° 8 : Confort hygrothermique,
Cible n° 9 : Confort acoustique,
Cible n° 10 : Confort visuel,
Cible n° 11 : Confort olfactif,

Santé
Cible n° 12 : Qualité sanitaire des espaces,
Cible n° 13 : Qualité sanitaire de l’air,
Cible n° 14 : Qualité sanitaire de l’eau,

Dans les entrepôts, six thèmes sont considérés par le maître d’ouvrage. Ils se déclinent également sur les 14 cibles :
- Aménagement durable du territoire : diagnostic de site, choix de la localisation, mode de transport, maîtrise des flux, etc.
- Aménagement durable de la parcelle : accès et flux sur la parcelle, paysage, aspect architectural.
- Adaptation du bâtiment au procédé : fonctionnalité des espaces, distances de déplacement, conception des quais de chargement, confort des postes de travail (éclairés, chauffés, vue sur l’extérieur, éviter à tout prix la climatisation dans les bureaux de façon à ne consommer que 45 à 50 kWh/m², bien inférieure au label THPE de Très Haute Performance Énergétique), ergonomie, flexibilité (ICPE, adaptabilité aux différentes rubriques).
- Conditions de travail et management : locaux sociaux, qualité des ambiances intérieures : mobilier, couleurs, limitation du bruit, diminution de la pénibilité (passages de portes et joints de dalles), formation des salariés au système de management environnemental, communication au personnel, système de management de l’environnement ISO 14001.
- Confort et économie d’énergie
o des bureaux d’exploitation : isolation, consommations, énergies renouvelables, GTC, éclairage naturel, etc.
o des entrepôts (chauffés ou non) : énergies renouvelables, GTC, éclairage, confort d’été (consommation pour le chauffage le cas échéant, Bilan Carbone, si non chauffés),
- Bâtiment : choix des matériaux, environnement et santé : durée de vie, pérennité des performances, entretien et maintenance, risques sur la santé et l’environnement (avec des objectifs très précis tels que : interdire le PVC, classification EUCEB des isolants), emploi du bois, emploi des matériaux recyclés ou recyclables, matériaux locaux, économie d’eau potable, gestion des déchets, chantier vert.

« Il est vrai que la démarche HQE dépend étroitement du comportement des utilisateurs » souligne Mathias Copy. « Ainsi, est-il vain de chercher à se passer de la climatisation si certains salariés apportent leur propre source portative de chauffage, ainsi qu’une lampe à halogène de 500 W pour subvenir à l’éclairage naturel fourni par les puits de lumière ou à la led qui ne les satisfait pas ». On en est même venu lors de simulations thermiques, à comparer les qualités thermiques du béton et celles du pisé, système constructif monolithique en terre crue compactée dans un coffrage, répandu dans la région Rhône-Alpes. Le pisé restitue au cours de la nuit de la fraîcheur qu’il emmagasine le jour : c’est donc un matériau vivant, c’est-à-dire qu’il respire, absorbe et restitue l’air et l’humidité ambiante. En outre, la recyclabilité du pisé en fin de vie du bâtiment est une caractéristique intéressante. Malheureusement, aucun constructeur n’est en mesure d’offrir une garantie décennale pour le bâtiment logistique qui adopterait le pisé.

« L’ADEME soutient toutefois ce genre de démarche et aidera toute demande de construction de bâtiment logistique HQE en Rhône Alpes avec une prise en charge jusqu’à 50% des coûts liés à l’assistance à maîtrise d’ouvrage, ce qui est le cas de ce projet d’entrepôt logistique » indique Mathias Copy.



Qualité environnementale des bâtiments Plate-forme logistique


La méthode de calcul de l’Indice Carbone de Casino

Depuis 2002, le Groupe Casino a mis en place une démarche de développement durable. Il a fait appel en 2006 à un organisme indépendant et reconnu, Bio Intelligence Service (cabinet spécialisé dans le développement durable) pour élaborer une méthodologie spécifique à la grande distribution et utilisable par tous les industriels. Cette méthodologie a été validée par l’ADEME qui a apporté au projet son expertise technique et son soutien financier.

Parmi les grands enjeux environnementaux, la lutte contre le réchauffement climatique est l’un des plus importants. Ainsi, le Groupe Casino a-t-il réalisé le Bilan Carbone de ses activités afin d’identifier les principaux postes émetteurs de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. De cette démarche, sont nées des actions très importantes (optimisation du transport de marchandises, modernisation des éclairages des magasins...), mais également une volonté d’améliorer le profil environnemental des produits Casino.

Pour répondre aux préoccupations et aux attentes environnementales des consommateurs, le Groupe Casino a décidé de travailler sur un indicateur innovant qui sera apposé sur les produits à sa marque. Ce nouvel étiquetage qui apporte plus de transparence sur les produits, permettra aux clients de devenir "acteurs" de leurs consommations en maîtrisant un paramètre supplémentaire. Cette démarche s’inscrit dans la philosophie des démarches qualité initiées par le Groupe Casino depuis son origine.

Le calcul de l’Indice Carbone Casino est une première du genre. La collecte des données environnementales a débuté en janvier 2007 et a permis d’étudier plus de 600 produits auprès de 150 fournisseurs directs de Casino, afin de couvrir l’ensemble du cycle de vie des produits, depuis les matières premières jusqu'au point de vente final.

Cet indice s’intéresse aux cinq étapes du cycle de vie ("du berceau à la tombe") de chaque produit :
1) étapes de production (agricoles pour les produits alimentaires),
2) fabrication du produit,
3) transport, depuis le champ jusqu’aux entrepôts Casino,
4) emballages, depuis l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage en fin de vie,
5) distribution, depuis les entrepôts Casino jusqu’au domicile du consommateur.

Deux indicateurs sont analysés: l’indicateur Transport et l’indicateur Distribution.
Que cherche-t-on à calculer dans l’indicateur Transport ? Les émissions de gaz à effet de serre par le transport du produit, du champ aux entrepôts Casino :
- du champ au fournisseur, c’est la distance moyenne parcourue par l’ensemble des composants du produit (ingrédients, produits semi-finis et emballages), au prorata de leur masse :
o du champ au fournisseur pour les ingrédients et les produits semi-finis,
o du fabricant au fournisseur pour les emballages (emballage primaire, regroupement et palettisation),
- du fournisseur aux entrepôts Casino : distance moyenne parcourue par le produit fini et son emballage, du fournisseur aux entrepôts, au prorata des volumes livrés par entrepôt.

Et ce, à partir des facteurs d’émission issus de la méthode Bilan Carbone, par mode de transport utilisé par chaque élément entrant dans la composition du produit. On souhaite à l’ADEME que l’étiquetage Carbone aide le consommateur à faire son choix, en favorisant les producteurs locaux. Que cherche-t-on à calculer dans l’indicateur Distribution ? Les émissions de gaz à effet de serre générées par l’étape de distribution du produit, c’est-à-dire l’activité des entrepôts, les transports des entrepôts vers les magasins, l’activité des magasins Casino, et les transports entre les magasins et les clients finals. Et ce, à partir des émissions de gaz à effet de serre recensées par le Groupe Casino lors de la réalisation de son Bilan Carbone alloués au produit, en distinguant les produits frais et surgelés, de ceux conservés à température ambiante, sachant que :
- les émissions liées aux fuites de fluides frigorigènes ont été allouées exclusivement aux produits frais,
- les consommations d’électricité ont été allouées principalement aux produits frais,
- les autres émissions ont été allouées à l’ensemble des produits présents en magasin.

L’objectif est d’apposer un pictogramme symbolisé par une feuille verte sur la face avant des emballages des produits Casino. L'Indice Carbone Casino qui s’y trouve mentionné indique la quantité de gaz à effet de serre émise pour 100 g de produit. Lorsque la taille de l’emballage le permet, un complément d’informations sera disponible au dos par le biais d’une réglette verte. Cette dernière, dont les graduations ont été fixées avec l’ADEME, permet de situer rapidement l’impact environnemental du produit acheté, précisant également le potentiel de recyclage de ses emballages.

Supply Chain vertePour encourager les consommateurs à trier correctement tous les emballages afin de maximiser le taux de recyclabilité, le produit porte une étiquette en 2 parties : le côté vert clair indique quel pourcentage de l’emballage sera recyclé (compte tenu du tri actuel des ménages), tandis que le côté vert foncé indique le pourcentage qui pourrait être recyclé si tous les consommateurs triaient correctement leurs déchets.

Casino lance ainsi le premier étiquetage environnemental complet en France. Une première vague de produits Casino (3,5 millions d’unités vendues) est concernée depuis juin 2008 :
- Yaourt pot verre *4 nature
- Yaourt pot verre *4 vanille
- Yaourt pot verre *4 citron
- Soda Ondilège framboise cranberry
- Soda Ondilège pomme litchi
- Préparation pour pâte à pizza
- Préparation pour pâte à crêpes,
- Préparation pour moelleux nature,

À la fin 2008, ce sont plus d’une centaine de produits qui sont concernés, puis progressivement, la totalité des produits de marque Casino (plus de 3000 références alimentaires de la marque Casino), de façon à ce que le consommateur connaisse l’empreinte Carbone de ses achats.

Par la mise en place de cet étiquetage, Casino s’engage à travailler sur la réduction de l’Indice Carbone de ses produits, car des optimisations sont toujours possibles : perfectionnement de l’emballage du produit, modernisation du parc automobile, utilisation d’énergies renouvelables, etc. À titre d’exemple, au travers du changement d’emballage des lardons de saumon (modification des modalités d’emballage et de transport), l’Indice Carbone est passé de 940 g de CO2 initialement, à 880 g. L’impact de la localisation du fournisseur apparaît clairement, par exemple pour une boîte de conserve d’un produit identique. L’Indice Carbone est de :
- 225 g de CO2 pour une boîte origine France avec transport par camion uniquement,
- 235 g de CO2 pour une boîte originaire d’Inde avec transport par bateau et par camion,
- 305 g de CO2 pour celle originaire d’Ukraine avec transport par camion uniquement.

Il s’avère par conséquent possible de parler de logistique verte à condition d’adopter une approche globale au travers de démarches appliquées à un site de production ou de service (management de l’environnement SME ISO 14001, www.123environnement.fr, ou EMAS, ou HQE), intégrant toutes les problématiques liées à la fabrication et au site de production ou d’activités. Comme à des démarches appliquées à un produit ou un ensemble de produits sur l’ensemble du cycle de vie.

Propos recueillis par Jean-Claude Festinger

A propos de l'ASLOG

L’ASLOG, l’Association française pour la logistique est une organisation neutre et indépendante. Multisectorielle, elle est aujourd’hui la seule association qui couvre l’ensemble des activités au sein de la chaine logistique globale. Elle représente un réseau professionnel de plus de 1500 membres en France et plus de 135 000 en Europe à travers l’ELA (European Logistics Association). Pour soutenir les entreprises dans cette démarche, l’ASLOG, facilitateur d’échanges, se positionne aujourd’hui plus que jamais comme un soutien des entreprises dans leur recherche de compétitivité et de performance globale.

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