La
proximité de l’Amérique
favorise les échanges avec les
États-Unis et les îles de
la Caraïbe, tant et si bien que les
Premières Rencontres de la Logistique
en Martinique (LOGISTICA) ont attiré
nombre de responsables logistiques des
autres îles de la Caraïbe.
Ces Rencontres ont été organisées
en mai 2009 par l’ADEM (Agence pour
le Développement Économique
de la Martinique) sur les thèmes
de l’approvisionnement, l’entreposage,
la distribution, l’aide à
la décision et la mesure de la
performance, en partenariat avec la Chambre
de Commerce et d’Industrie de la
Martinique (CCIM) et le Conseil Régional
de la Martinique. « Il y a manifestement
un terrain favorable pour mettre en œuvre
des organisations logistiques couvrant
les pays qui nous entourent »,
estime René Meril.
Une
logistique en environnement de crise
La
région des Antilles est particulièrement
concernée par les aléas
géologiques naturels de nature
volcanique, sismique et aussi par les
risques de tsunamis.
L’arc des petites Antilles se situe
en effet à l’aplomb d’une
zone de convergence des plaques tectoniques
nord- et sud-américaines avec la
plaque Caraïbe, les premières
s’enfonçant sous la seconde
par le phénomène de subduction.
Ses mouvements engendrent des déformations
et donc des séismes et du volcanisme
dans la région.
La
subduction est un processus d’enfoncement
d’une plaque tectonique sous une
autre plaque de densité plus faible,
en général une plaque océanique
sous une plaque continentale ou sous une
plaque océanique plus récente.
Lorsque deux plaques se rencontrent, poussées
l’une contre l’autre, la solution
la plus fréquente à cette
opposition est la descente de l’une
des plaques sous l’autre. Les séismes
profonds et très profonds s’alignent
le long de la plaque descendante et montrent
qu’elle peut plonger sur plusieurs
centaines de kilomètres.
De
ce fait, les Antilles sont susceptibles
d’être soumises à des
séismes de très forte intensité.
Elles ont été classées
en zone III, degré de sismicité
maximale du zonage français.
Les séismes antillais sont en fait
de deux types : certains se produisent
à l’interface de subduction
entre les plaques américaines et
la plaque Caraïbe.
D’autres
séismes, plus superficiels ont
lieu dans la plaque chevauchante Caraïbe.
Il est vrai que cette plaque Caraïbe
se déplace par rapport aux plaques
Nord Amérique et Sud Amérique
qui la bordent, ce qui se traduit par
des déformations à l’intérieur
des plaques, notamment au niveau de l’arc
des Petites Antilles. Parmi les principaux
séismes historiques ayant affecté
l’archipel de la Guadeloupe, celui
du 8 février 1843 correspond à
un séisme profond de la zone de
subduction, tandis que les séismes
du 29 avril 1897 et du 21 novembre 2004
sont dus à des déformations
au sein de la plaque Caraïbe. Quant
aux séismes ressentis en Martinique,
ils sont liés à la subduction
de la croûte océanique atlantique
sous les Antilles et à des déformations
de la bordure orientale de la plaque Caraïbe
: les principaux séismes historiques
ayant affecté la Martinique sont
ceux du 11 janvier 1839, du 7 novembre
1727, du 21 mai 1946. Par ailleurs, le
8 juin 1899, une secousse de magnitude
5,1 a été localisée
au large de la Martinique. Plus récemment,
le 29 novembre 2007, un séisme
de magnitude 7,3 sur l’échelle
de Richter eut lieu au large de la Martinique.
La
vulnérabilité aux séismes
est aggravée par une forte densité
de population (dans certains secteurs
de la Martinique), l’occupation
de zones dangereuses (versants raides
et instables), des pratiques de construction
non-conformes aux règles parasismiques,
un secteur productif agricole, touristique
et industriel fragile, un réseau
de voies de communication très
exposé.
En
janvier 2007, le gouvernement a adopté
un plan Séisme aux Antilles qui
s’intègre au programme national
de prévention du risque sismique.
Sa première phase 2007-2013 concerne
le renforcement du bâti, à
travers la consolidation ou la reconstruction
de bâtiments scolaires, de logements
collectifs et d’infrastructures
de gestion de crise (bâtiments de
classe D). Sont également prévus,
les travaux de rénovation des deux
centres hospitaliers universitaires de
Pointe-à-Pitre et de Fort-de-France
dans le cadre du plan hôpital 2012
du ministère en charge de la Santé.
Enfin, le projet de programme relatif
à la mise en œuvre du Grenelle
de l’environnement, prévoit
un renforcement de ces mesures (article
39).
Les séismes, s’ils se produisent
dans la mer ou à proximité
de la côte, peuvent être à
l’origine de raz-de-marée
et de tsunamis.
Cette
région est également soumise
aux effets conjugués de très
fortes dépressions météorologiques
prenant naissance au-dessus des eaux chaudes
des océans de la zone intertropicale,
s’accompagnant de vents très
violents, d’une houle cyclonique
importante sur le littoral, d’une
marée cyclonique correspondant
à une élévation générale
du niveau de la mer pendant quelques heures,
et de pluies torrentielles : ce sont les
cyclones appelés ouragans ou hurricanes
dans la mer des Antilles, et typhons dans
l’ouest du Pacifique. Le risque
est réel chaque année, entre
fin juillet et début novembre,
les mois d’août, septembre
et octobre étant les plus favorables
à la formation d’ouragans
susceptibles d’intéresser
toute la région. Chaque année
en juillet, au début de la saison
cyclonique, les médias rappellent
aux populations les consignes à
appliquer en cas de menace ou de confirmation
de menace. Un exercice de transmission
réunit les services opérationnels
des municipalités à chaque
début de saison cyclonique afin
de rappeler à chacun d’eux
les différentes phases de l’alerte
et permettre de faire l’inventaire
des moyens mis en œuvre en cas de
déclenchement du Plan de Secours
Spécialisé Cyclones. Il
n’empêche qu’en 2008,
les routes étaient coupées
et le Centre Hospitalier Universitaire
isolé.
«
Volcans, tremblements de terre, cyclones…
génèrent une prise en charge
particulière des problèmes
de santé et de toutes les organisations
logistiques associées »,
commente René Meril : «
ce sont des organisations logistiques
de crise qui doivent être mises
en place en Martinique et en Guadeloupe.
Notre délégation devra mener
une réflexion globale sur ce sujet
».
L’économie locale
marquée par l’industrie agroalimentaire
"La
canne, c’est notre sidérurgie",
a-t-on par ailleurs coutume de dire aux
Antilles et pour cause les industries
locales ressortent essentiellement du
secteur agroalimentaire (sucreries, rhumeries,
conserveries) qui représentent
en Martinique 40 % du chiffre d’affaires
de l’industrie hors énergie.
L’agriculture (canne à sucre,
banane, melon, café, avocat…)
a longtemps été le moteur
économique de l’île
qui exporte essentiellement des fruits
et du rhum, mais elle ne survit que grâce
aux subventions de l’État
et des collectivités locales :
les producteurs de rhums agricoles et
industriels des DOM ont obtenu en 2007
une belle victoire à Bruxelles
avec l’augmentation du contingent
de rhum commercialisé en métropole,
contribuant ainsi au développement
de l’exportation, au maintien et
au développement de la filière
canne-sucre-rhum.
L’économie
guadeloupéenne repose également
sur le secteur agricole dont la production
de la banane et la filière canne-sucre-rhum.
La banane reste le premier produit d’exportation
en volume : la production récoltée
de 40 181 tonnes en 2007 traduit toutefois
une baisse de production due notamment
aux dégâts occasionnés
par le cyclone DEAN, mais aussi à
la baisse continue de la production depuis
plusieurs années. La culture de
la canne à sucre représente
la deuxième activité agricole.
Le sucre est la seconde production locale.
Deux usines (Gardel en Grande-Terre et
Grande-Anse à Marie-Galante) ont,
en 2007, broyé près de 732
450 tonnes de canne à sucre pour
produire 80 210 tonnes de sucre.
Canne
à sucre pour l’industrie
du sucre et du rhum, fruits et légumes
tropicaux pour les industries de jus de
fruit, confiturerie, légumes surgelés,
potage, mais aussi produits de l’élevage,
viandes et œufs ou produits de la
pêche pour les industries de découpe
ou de transformation en charcuteries salaisons
ou plats cuisinés… Les matières
premières locales ne manquent certes
pas. L’industrie agroalimentaire
locale assure la transformation des produits
de la pêche : ainsi en est-il par
exemple en Martinique de la société
Délices Locales qui propose une
large gamme de produits originaux issus
des traditions culinaires antillaises
(soupes, terrines, souskay, chiquetailles,
rillettes, sauces, piment confit…).
L’industrie agroalimentaire recèle
bien des saveurs entre tradition et modernité
chez de nombreux industriels comme Sotradev,
producteur de viande de boucherie, charcuterie
et produits saumurés, ou Kini qui
découpe et conditionne la viande
de porc, Martinique Aviculture qui produit
35 à 40 millions d’œufs
par an et sert 60 % du marché local,
Man’ Nicol qui revisite avec créativité
et innovation le traditionnel boudin créole.
Il n’en reste pas moins vrai que
la production locale est pénalisée
par la perte de parts de marché
prises par l’import, beaucoup mieux
armé que la production locale.
Quant aux cultures fruitières et
maraîchères, elles ne parviennent
pas à couvrir les besoins des habitants
de la Guadeloupe qui doit importer chaque
année plus de 10 000 t de fruits
et légumes.
Les
besoins des Antilles françaises
sont en fait énormes, et concernent
tant les produits alimentaires, matières
premières, emballages, qu’un
large éventail d’équipements
industriels et pièces de rechange.
Ces marchandises sont importées.
Les approvisionnements des Antilles françaises
proviennent essentiellement de la métropole.
Ils arrivent par bateaux et par avions
pour les approvisionnements de dépannage
en urgence. Le transport maritime des
matières premières se répartit
lui-même entre le fret conteneurisé
(4 879 conteneurs EVP en 2008), le vrac
liquide (pétroles bruts destinés
au raffinage par la Société
Anonyme de la Raffinerie des Antilles),
et le vrac solide : vrac alimentaire (fret
céréalier tel que blé,
le riz brut, d’autres céréales
pour la fabrication d’aliments de
bétail), vrac non alimentaire (clinker,
engrais bruts, aciers…). Il est
aussi des importateurs qui s’approvisionnent
en Chine, dans le Sud-Est asiatique, comme
en Inde… sachant qu’ils font
systématiquement transiter leurs
produits par la métropole de façon
à mutualiser leurs expéditions
avec les flux de marchandises partant
du Havre vers les Antilles, et tenter
de réduire les coûts de transports.
Toutefois, ceux-ci grèvent les
prix de vente, qui s’avèrent
sensiblement supérieurs aux prix
des produits équivalents en métropole.
« Le surcoût moyen dû
au transport varie entre 40 % et 60 %
», dit René Meril constatant
un fort déficit de la balance commerciale
de la région. Une étude
publiée en mai 2009 par PIL, le
magazine de l’industrie martiniquaise,
constate que les coûts d’approvisionnement
de certaines matières premières
importées peuvent dépasser
le prix d’achat lui-même (126,98
% du prix d’achat pour l’engrais
potassique, 124,59 % pour les bouteilles
en verre utilisées en distillerie).
La
crise sociale qui a secoué les
Antilles françaises en février-mars
2009 avait pour origine la lutte contre
la vie chère et la perte du pouvoir
d’achat. Durant cette période
de grève générale,
l’activité industrielle a
été paralysée. Les
pertes sont importantes (un mois sans
chiffre d’affaires), les recrutements
ont été annulés,
les stocks n’ont pas été
écoulés… Depuis, la
production a repris doucement. Il semblerait
que les consommateurs achètent
moins qu’auparavant, les commandes
des distributeurs aux industriels sont
donc moins importantes qu’en début
d’année, et les industriels
ont du mal à récupérer
les créances d’avant la grève.
Les
objectifs de la Délégation
Martinique Guadeloupe
Dans
le contexte qui vient d’être
décrit, la nouvelle Délégation
Régionale de l’ASLOG aura
pour mission première de se faire
connaître auprès des organisations
socioprofessionnelles.
Un enseignement universitaire visant au
DEUG logistique existe en Martinique :
en liaison avec l’université,
la Délégation va prolonger
l’activité de l’ASLOG
en métropole autour du référentiel
de la performance logistique.
La
Délégation aura également
pour mission d’organiser des événements
tels que les journées de la logistique
martiniquaises ou caribéennes,
ainsi que des réunions d’information
sur la logistique, en particulier pour
les TPE et PME.
Enfin
la délégation Martinique-
Guadeloupe de l'ASLOG se veut un lieu
d'échanges et de rencontres avec
tous les intervenants des différents
secteurs logistiques, afin d'aborder sereinement
différents sujets et autres difficultés
que nous connaissons, entre autres :
- l'organisation du transport de passagers
- l'organisation du transport de marchandises
- la centralisation et la rationalisation
des stocks et des achats à l'import
pour les TPE
- l'organisation de filières à
l'export pour des TPE innovantes du secteur
agro-alimentaire
- la logistique de crise, par rapport
à nos différents risques