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Extraits du travail de recherche d’un logisticien sur la logistique humanitaire. Merci à lui de partager le fruit de son travail. Pour plus d’informations sur le sujet, nous vous invitons à prendre contact avec lui en utilisant l’adresse e-mail suivante : logistique.humanitaire@hotmail.fr


a) Qu’est-ce qu’une ONG ?

La qualification des associations séparées du gouvernement effectuant des missions humanitaires n’a pas été une chose aisée. Nombre d’appellations différentes furent essayées, que ce soit les ASI (Associations de Solidarité Internationale), les ANE (Acteurs Non Étatiques) ou encore les OSI (Organisations de Solidarité Internationale) sans qu’une typologie ne prenne l’avantage. Mais c’est au final le terme d’ONG (Organisation Non Gouvernementale) qui a été préféré et qui demeure le plus employé actuellement. Ce terme est désormais officialisé, car il figure dans la charte des Nations Unies depuis 1945 (article 71).

Le flou qui a longtemps résidé sur la définition de ces organisations et les désaccords toujours d’actualité sur l’acronyme d’ONG prouvent bien la difficulté qu’il y a à les caractériser. Le dictionnaire Larousse définit les ONG comme étant des « organisme[s] financé[s] essentiellement par des dons privés et qui se voue[nt] à l’aide humanitaire sous une ou plusieurs de ses différentes formes (assistance médicale ou technique dans les pays non-industrialisés, aide aux plus démunis dans les pays développés, secours en cas de catastrophe ou de guerre, etc.) »[1]. C’est une définition qui, bien que correcte, présente des limites. En effet, la caractérisation de ces organisations passe de plus en plus souvent par ce que Philippe Ryfman appelle « la méthode du faisceau de caractéristiques »[2] . Celle-ci ne se contente pas de définir les activités ou les caractéristiques principales des ONG mais présente des critères qui, s’ils sont tous remplis, permettent de supposer avec de grandes chances que l’organisation observée est bien ce qu’on appelle une « ONG ».

Selon le principe de la notion d’association, la constitution de l’ONG doit être d’origine privée dans l’optique de réaliser des objectifs non lucratifs. La nature non lucrative de ces objectifs doit être impérativement précisée dans sa forme juridique. De plus, l’organisation se doit d’être indépendante de l’État (ce qui n’empêche aucunement la création de liens à posteriori entre ces deux entités). Outre son indépendance politique, une ONG doit avoir une indépendance financière. Enfin, elle doit être dotée d’un caractère transnational dans son action.[3]



b) Évolution des ONG : de leur naissance à leur forme actuelle

Si l’on veut comprendre quelle a été la raison de la création des ONG actuelles mais aussi leur fonctionnement, nous devons nous pencher sur leur création. Nous verrons qu’elles ne sont pas issues d’une longue réflexion accompagné d’un business plan. Leur création est plutôt le fait d’une évidence, une simple réaction induite par un décalage entre une situation perçue et une volonté d’agir et qu’elle repose sur ces concepts ancestraux.



(1) Un fondement religieux

Si nous remontons dans le temps, nous voyons que les prémices de ces organisations sont fondées sur les dogmes religieux dominants. Le judaïsme prône la tsedaka[4] à l’égard du pauvre, de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger. Le christianisme, quant à lui, s’appuie sur le concept de charité (l’apôtre Paul en déclame la vertu comme étant le fondement de l’être : « Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien »[5] ), alors que l’Islam avec ses préceptes de zakat et sadaqa (une des cinq obligations religieuses musulmanes) définit le principe du don aux plus démunis selon le Coran (« Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux nécessiteux […] »[6].

C’est en effet avec le concept de la charité, présent sous des nominations différentes mais similaires dans le principe pour ces trois religions, que les premières actions humanitaires de développement ont été créées. Mais les fonctions religieuses ne s’arrêtent pas aux devoirs des textes fondateurs, elles prennent aussi la forme d’institutions.

Les églises assumaient en effet la charge de nombreuses activités telles que l’éducation mais aussi le soin aux malades dans des dispensaires, les orphelinats. Il serait cependant ardu de comparer l’action humanitaire telle nous la connaissons de nos jours à une action qui bien souvent – bien que dispensée par l’église – était soumise à l’impôt.



(2) Des pratiques militaires sur les champs de bataille

La pratique de l’action humanitaire urgentiste sur le terrain semble remonter au Ier siècle après J.-C. : un médecin militaire de la légion romaine, Dioscoride d’Anazarba[7], aurait créé une école de médecine. Là encore, la prise en compte sur le terrain d’une situation d’urgence (les blessés sur le champ de bataille) a amené une réponse qu’on pourrait qualifier d’ « humanitaire ». En effet, le fait de prodiguer des soins gratuits aux personnes dont l’intégrité physique est en danger rejoint très clairement les buts des ONG urgentistes modernes. C’est ainsi que, bien que les avis diffèrent sur le sujet du fait du manque d’écrits, Dioscoride d’Anazarba serait le premier médecin urgentiste.

Au fil des années, philosophie et religions se mêlèrent afin d’imposer des normes en accord avec ces préceptes. On remarque notamment de grands progrès en temps de guerre où les prisonniers mais parfois les civils blessés étaient désormais protégés par des règles de conduite sur le champ de bataille. On citera notamment l’aboutissement de ces procédures que représente la convention de Genève[8] (première en 1864, complétée en 1949 et 1977) qui édicte les règles fondamentales du droit humanitaire international.

Mais, bien que les prémices de l’activité humanitaire dite « de développement » soient apparues dans les premiers siècles de notre ère, il ne s’agit pas pour autant de l’action telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Après la révolution française, un chirurgien militaire de l’armée napoléonienne nommé D. J. Larrey (1766-1842), bien conscient de l’urgence que posait le problème des blessés de guerre, décida d’agir directement sur le théâtre des conflits pour soigner les blessés aussi bien alliés qu’ennemis et sans distinction de grade. Dans l’optique de rendre ses services plus productifs, il inventa l’ambulance volante [9] qui permettait de soigner directement les blessés sur le champ de bataille. Il sera le premier à capitaliser son savoir dans un ouvrage alliant médecine de guerre et inventions, Mémoire de chirurgie militaire 1786-1840 [10] . Ses apports en terme de médecine militaire ont permis de soigner de nombreux blessés, mais surtout d’insuffler une réelle volonté de soutien aux victimes dans un contexte ou les guerres étaient particulièrement violentes et le soutien aux blessés quasiment inexistant.


(3) Philosophie et prémices des ONG

Pendant la période des Lumières, au XVIIIe siècle, apparait la notion d’Humanité que Diderot voit comme étant « [un] noble & sublime enthousiasme se tourmente des peines des autres & du besoin de les soulager ; il voudroit parcourir l’univers pour abolir l’esclavage, la superstition, le vice, & le malheur»[11] . Cette notion sort cette fois du cadre religieux pour atteindre une portée philosophique. La réflexion sur l’action humanitaire est désormais de plus en plus ancrée dans les mentalités et, en 1755, lors du tremblement de terre de Lisbonne , la question de l’action de crise est réellement abordée. C’est en effet grâce à la gestion de crise reconnue comme excellente du premier ministre Sebastiaõ de Melo que les secours ont pu être administrés rapidement à la population et que Lisbonne[12] fut entièrement reconstruite en un an.

Il faudra cependant attendre le XIXe siècle pour que l’engagement associatif prenne un réel essor et abandonne son aspect d’action individuelle pour devenir collective. C’est au début de ce siècle que vont apparaître les prémices du lobbying aux États-Unis. En 1812, la guerre civile d’indépendance entre Vénézuéliens et Espagnols fait rage à Caracas. Et c’est en plein milieu de ce conflit armé qu’un tremblement de terre, suivi d’une série de raz de marée, ravagea la ville, tuant entre 15 000 et 20 000 personnes. Le lobbying associatif américain poussa le gouvernent fédéral à prêter secours aux habitants de Caracas. Face au poids grandissant de ces mouvements nouveaux, le gouvernement américain céda à ces pressions humanitaires et envoya des denrées alimentaires sur le lieu de la crise.

Alexander von Humboldt écrira par la suite son témoignage personnel de l’après-crise lors de son voyage à Caracas : « […] le congrès, assemblé à Washington, décréta unanimement l’envoi de cinq navires chargés de farines aux côtes de Venezuela, pour être distribués aux habitants les plus indigents »[13] . Cette action humanitaire internationale, la première notoire, fut accueillie avec une forte reconnaissance et permit de palier les besoins alimentaires d’un peuple en péril et de surmonter cette situation de crise.

Dès lors, le mouvement associatif américain et mondial pris une ampleur toute nouvelle, portée par le concept émergent de lobbying.
En 1823, en Grande-Bretagne, est crée la « British and Foreign Anti-Slavery Society » qui est ce qu’on pourrait qualifier une ONG de nos jours et qui, comme son nom l’indique, avait pour vocation de lutter contre l’esclavage en Grande-Bretagne. Cet engouement populaire est une fois de plus couronné de succès car l’association obtient l’abolition de l’esclavage en 1833, soit seulement 10 ans après sa création. [14]

Dès lors, nous voyons que l’action humanitaire n’est plus simplement un mouvement isolé, l’action de quelques hommes qui veulent faire progresser la société de leur côté. Il s’agit désormais d’un réel élan mondial dont les démocraties font office de terre fertile[15]. De cette volonté humaine et individuelle de coupler la charité pour les plus démunis au soulagement des souffrances des blessés est née une volonté collective, qui a gagné en puissance, d’apporter un soutien aux peuples en péril.


(4) Une nouvelle ère : l’action humanitaire moderne

Nous l’avons évoqué précédemment, nombre d’actions humanitaires embryonnaires ont eu lieu sur des champs de bataille. C’est aussi ce genre d’événement qui est à l’origine de la plus grande organisation non gouvernementale française actuelle.

Engagé volontaire dans l’armée napoléonienne, Henry Dunant combat aux côtés de l’Empire à la bataille de Solferino. Cet homme a été profondément marqué par cette bataille qui fut un massacre épouvantable et surtout devant le manque de soins apportés aux blessés. Il improvise avec des habitants des villages voisins des services de secours aux blessés et soigne dans des conditions élémentaires les blessés des deux camps[16] . Il écrira par la suite « […] ne serait-il pas à souhaiter qu’ils profitent de cette espèce de congrès pour formuler quelque principe international […] [qui] servirait de base à des Sociétés de secours pour les blessés dans les divers pays d’Europe ? […] L’humanité et la civilisation demandent impérieusement une œuvre comme celle qui est indiquée ici ; il semble qu’il y ait même là un devoir »[17] . Ces idées sont directement à la base de la création d’un Comité de Secours aux Blessés, qui devint en 1875 le très réputé CICR (Comité International de la Croix-Rouge, plus souvent connu sous le nom de la « Croix-Rouge »). Afin de ne pas s’écarter des réalités et que ce comité soit en mesure de répondre aux problèmes réels rencontrés sur le terrain, il s’associe avec un général de l’armée suisse, Guillaume-Henry Dufour qui lui apporte ses connaissances dans les conflits armés, ainsi que sa vision orientée terrain.

Le CICR s’internationalise dès 1881 avec la création de la Croix-Rouge américaine. Au fil des années, d’autres pays rejoignirent le mouvement via l’installation d’une entité en leur sein (on notera notamment les Croix-Rouge allemande, belge, chinoise… ainsi que le Croissant rouge palestinien et le Cristal rouge israélien).

Dès lors que les premières organisations à but humanitaire furent créées, le paysage associatif n’eut de cesse de progresser. Toutefois, il est bon de noter que c’est dans un premier temps en reconnaissance à des situations de crise que les associations se créent.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que le paysage politique est totalement chamboulé et que de nombreux États subissent des blocus préjudiciables à la population, l’association « Fight the Famine » (qui sera connue plus tard sous le nom de « Save the Children FundSCF ») est créée dans le but de sauver les enfants des famines et des problèmes alimentaires . Pour cela, elle ira même jusqu’à contourner littéralement les blocus établis afin de venir en aide aux démunis.

Le mouvement humanitaire n’aura de cesse de se développer à travers tout le XXe siècle, en réponse aux malheurs et aux crises. Il marquera un nouveau pas, dans les années 1970, suite à la guerre au Biafra. L’instabilité politique des pays du Sud et les atrocités qui y sont commises (on parlera notamment de génocide au Biafra) soulignent une fois de plus le besoin d’une réaction rapide et appropriée. C’est dans ce contexte qu’une poignée de médecins créera « Médecins Sans Frontières », un nouveau type d’ONG dont la vision est portée sur les pays du Sud, dont l’assistance à la population est qualifiée d’ « urgence », et à portée internationale.

Nous voyons que les prémices des organisations que nous pourrions qualifier de « caritatives » ou d’« humanitaires d’urgence » sont nées sur le terrain (un champ de bataille par exemple), à la suite d’une problématique mettant en jeu des vies humaines (des guerres ou des catastrophes naturelles). La vocation de cette action caritative était donc de résoudre de façon temporaire l’irruption d’un problème de type humanitaire. Il est important de noter que les premières actions humanitaires concrètes sont nées d’une improvisation, sans réflexion préalable. Ce fut, dans bien des cas, une réponse qui se devait immédiate devant le critère d’urgence de la situation, et donc improvisée.



Au fil des années, ce concept s’est développé. Relayé par le principe de la religion dans un premier temps, ce sera par la suite des organisations aussi bien rattachées au gouvernement que libres de la fonction publique qui assureront ce principe de charité. Une fois que les organisations de toutes formes auront pris le pas sur l’Église sur le terrain de l’action caritative, elles auront la volonté de changer l’expression caritative (trop proches d’une notion ecclésiastique) pour des notions diverses telles que l’action humanitaire, gestion de crise humanitaire, situation d’urgence…

Cette évolution ne s’est pas faite d’un seul coup, mais à petits pas. D’une action individuelle à des associations. Celles-ci donnèrent lieu à des organisations qui finalement s’internationalisèrent. Au fil des années, les ONG ont créé des processus afin de répondre de façon optimale aux crises qui se présentaient afin de ne plus être simples acteurs réactifs fa ce à ces événements. C’est alors qu’est né un critère d’anticipation, à savoir une pro-activité qui permette de mieux allouer les ressources.

Voir également :
-
La structure des supply chain humanitaires
-
Vers une simplification des différents postes afin de privilégier la souplesse


[1] http://www.larousse.fr/encyclopedie/nom-commun-nom/organisation/75270
[2]
Philippe Ryfman (2004), Les ONG, La Découverte, p.28.
[3]
Philippe Ryfman, 2004, op. cit. p. 29.
[4]
Le mot Tsédaka, traduit « charité » vient de la racine « Tsedek » qui signifie justice.
[5]
La Bible, Paul, Épître aux Corinthiens (I, 13).
[6]
Le Coran, Sourat [9.60].
[7]
Philippe Ryfman (2008), Une histoire de l’humanitaire, La Découverte, p. 12.
[8]
CICR (2009), Les Conventions de Genève : la pierre angulaire du droit international humanitaire, dans http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/genevaconventions.
[9]
Voir annexe.
[10]
Dominique Jean Larrey (2004), Mémoires de chirurgie militaire et campagnes 1786-1840, Tallandier.
[13 ]Alexander von Humboldt, Aimé Bonpland (1820), Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, fait en 1790, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804, Librairie grecque-latine, p. 67 tome 5.
[14]
http://www.bbc.co.uk/history/british/empire_seapower/antislavery_04.shtml.
[15]
Alexis de Tocqueville (1868), De la démocratie en Amérique, Michel Lévy frères.
[16] Philippe Ryfman (2008), Une histoire de l’humanitaire, La Découverte.
[17] Henry Dunant (1863), Un souvenir de Solferino, Fick, pp.165-166.
[18]
http://www.savethechildren.net/alliance_fr/about_us/founder.html.

Quelques livres sur le sujet :

Une histoire de l’humanitaire de Philippe Ryfman

Présentation de l’éditeur
Trop de visions segmentées occultent la réalité complexe de l’humanitaire - facteur déterminant pourtant de la survie et du rétablissement de la dignité de millions de personnes et lieu de l’engagement de centaines de milliers d’autres. Pour la saisir, de même que ses enjeux et frontières, il faut revisiter d’abord sa généalogie. Puis en montrer les émergences successives, les transformations et mutations progressives et les dynamiques à travers ses acteurs non gouvernementaux ou publics, avec le recul de bientôt un siècle et demi d’existence. Plutôt que de s'inscrire dans une simple linéarité chronologique, la démarche se veut à la fois panoramique et prospective, afin de penser le présent à partir d’éléments historiques. Dans un contexte international marqué par la globalisation et l’anomie, les conflictualités et les risques climatiques ou de catastrophes naturelles survenant sur une planète de plus en plus urbanisée et peuplée, les besoins humanitaires ne devraient en effet pas décroître.

L'auteur vu par l’éditeur
Philippe Ryfman est professeur et chercheur associé au Département de science politique et au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne). Egalement avocat, il a dirigé le Master "Coopération internationale, action humanitaire et politiques de développement ". Il a notamment publié Les ONG (" Repères ", 2004), contribué à divers ouvrages collectifs et assuré la chronique a Société civile " du Monde-Economie.

Les ONG de Philippe Ryfman

Présentation de l’éditeur
Les organisations non gouvernementales (ONG) sont très présentes dans l’actualité mondiale, mais finalement assez mal connues. Les dénonciations caricaturales alternant avec les hagiographies sans nuances n'en facilitent pas l’analyse. D'autant que, si une abondante littérature sur les ONG existe, la recherche demeure encore lacunaire. Ce livre s'attache donc, après avoir montré l’inscription des ONG dans une histoire déjà longue, à souligner l’ambiguïté du concept, laquelle n'est nullement contradictoire avec un fort activisme. Il s'efforce de répondre aux principales questions les concernant : financement, sociologie, gestion, management, valeurs, identité collective, concurrence, professionnalisation, légitimité, gouvernance, place dans la " société civile " et relations internationales. Enfin, si la montée en puissance des ONG du Sud et des pays émergents symbolise une planétarisation - que traduit aussi l’émergence d’une diplomatie non gouvernementale - de ces acteurs au sein d’un monde globalisé mais en crise, ils sont désormais en butte à l’hostilité sourde d’un nombre croissant d’États.

L'auteur vu par l’éditeur
Philippe Ryfman est professeur et chercheur associé au Département de science politique et au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (université Paris-I). Également avocat, il a dirigé le master "Coopération internationale, action humanitaire et politiques de développement ". Il a notamment publié " Une histoire de l’humanitaire " ("Repères", 2008), contribué à divers ouvrages collectifs et assuré la chronique "Société civile" du " Monde-Économie ".

L'idéologie humanitaire. ou, Le spectacle de l’altérité perdue de Bernard Hours

Présentation de l’éditeur
L'action humanitaire a produit en quelques années une idéologie cohérente qui permet de penser de façon homogène le destin des victimes des catastrophes, tant naturelles que politiques. C'est à travers la médecine humanitaire, en particulier, que cette mondialisation de la gestion des Autres est désormais tellement ritualisée par les médias qu'elle est devenue un sentiment virtuel, un élément de correction morale universelle. En fait, l’idéologie humanitaire se présente comme la facade éthique des nouvelles formes d’exploitation économique. Elle sert d’abord à rendre acceptable l’iniquité en attirant le regard sur les seules victimes spectaculaires.

L'auteur vu par l’éditeur
Bernard Hours, anthropologue (Institut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en Coopération) a mené, au-delà de ses travaux sur les relations entre le politique et le religieux (Laos, Vanuatu), et sur les systèmes de santé (Laos, Cameroun, Bangladesh, Vietnam), une réflexion de longue durée sur L'évolution de l’idéologie du développement et l’action humanitaire. Celle-ci s'est nourrie d’une expérience concrète de responsable d’ONG médicale et de dix ans de recherches de terrain

Le dispositif humanitaire : Géopolitique de le générosité d’Emil Cock

Présentation de l’éditeur
Les médias associent généralement le système humanitaire à des institutions caritatives responsables de secourir les populations en détresse des pays en voie de développement. Mais ces institutions ne constituent qu'un maillon d’un système beaucoup plus large impliquant un nombre d’acteurs agissant dans l’ombre. L'auteur analyse les mécanismes de ce dispositif humanitaire complexe dont le public et les volontaires sont souvent mal informés. Son analyse se base à la fois sur son expérience de terrain auprès de Médecins sans frontières et Médecins du monde et sur un examen détaillé d’un grand nombre de documents officiels de sources variées. Il dégage les liens entre le dispositif humanitaire et les sphères politiques, économique et militaire. Ce livre ouvre les yeux sur les enjeux réels de la générosité occidentale en identifiant son origine, ses rouages et son rôle dans la géopolitique actuelle.

L'auteur vu par l’éditeur
Emil Cock est médecin, diplômé de l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement (IUED) à Genève, collaborateur du Programme interdisciplinaire de l’action humanitaire (PIAH) de l’Université de Genève.

Souvenir d’un Tsunami Humanitaire de Christophe Charbon

Présentation de l’éditeur
Le 26 décembre 2004, un tsunami ravage les côtes de 4 pays d’Asie et atteint au total 14 pays différents, provoquant la mort de 226 000 personnes. L'émoi est mondial. En écho à cet événement, une réaction brusque va apparaître, celle de la gestion humanitaire la plus chaotique de tous les temps. Pour la première fois, un consultant de l’ONU, présent sur les lieux du désastre pendant un an et demi, brise de nombreux tabous et nous présente une analyse méticuleuse du mécanisme humanitaire face à ce type de circonstance. Ce récit nous livre également une foule d’enseignements sur les désordres que provoquent désormais les systèmes de charité en provenance des pays riches. Christophe Charbon nous propose aussi une analyse historique passionnante en comparant la gestion du tsunami de 2004 à l’aune de la gestion des catastrophes à travers l’histoire.

L'auteur vu par l’éditeur
Christophe Charbon est un agronome belge, né en 1970. Il effectue depuis 8 ans des missions pour différentes organisations internationales dans des pays en guerre, dans des situations post-conflit ou dans des pays atteints par un désastre naturel. Consultant international, il fut dans le cadre du tsunami vice-coordinateur de la FAO à Aceh en Indonésie pendant 9 mois avant d’être affecté à Bangkok durant 6 mois en tant que coordinateur des projets agricoles pour les pays les plus touchés par le tsunami.

Voyage au bout de l’humanitaire de Marc Vachon et François Bugingo

Présentation de l’éditeur
Voici une histoire vraie. Marc Vachon naît à Montréal, en 1963. Abandonné à la naissance, ballotté d’un foyer à l’autre, il connaît tout ce que la vie dans nos pays " développés " offre de plus terrible : la violence, l’abus, le vide. Il y oppose l’évasion, la drogue, le crime. Il devient un " pourri "... jusqu'au jour où il découvre par hasard à Paris l’existence de Médecins sans frontières (MSF). Puisqu'il a quelques connaissances dans la construction, on l’engage pour veiller à la logistique d’un camp au Malawi. Dès lors, une autre vie commence : il met au service de cette cause l’instinct de survie qu'il a acquis dans la rue. Il se rend indispensable et, très vite, devient le logisticien de choc de MSF. Celui qui peut déplacer des montagnes, celui qui n'a peur de rien ni de personne, celui qui peut construire des abris pour des dizaines de milliers de réfugiés en un temps record devient un aventurier. Il prend un malin plaisir à falsifier des papiers pour passer des camions en contrebande à la frontière kurde, et se livre au trafic des Harley Davidson à Bagdad. " Mais au lieu d’être un chevalier noir sur une Harley noire à Montréal, j'étais un chevalier blanc sur une Harley blanche en Irak. " Les missions se succèdent l’Irak, après la première guerre du Golfe, le Mozambique, le Soudan, Sarajevo, le Rwanda, où il assiste aux préparatifs d’un génocide. Il découvre que l’humanitaire est aussi un lieu où s'exerce le pouvoir. Son récit l’amène ainsi à livrer une critique décapante des dérives de l’humanitaire à l’âge de l’information-spectacle. Ce livre, écrit en collaboration avec le journaliste François Bugingo, raconte une victoire personnelle sur le destin et un combat inachevé contre l’injustice. C'est l’histoire d’un héros d’aujourd’hui, comme il y en a trop peu.



Ressources complémentaires :

 
Frets aériens et corridors humanitaires : retours d’expérience suite au tremblement de terre à Haïti

Le 12 Janvier 2010, un séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter secoue gravement la région métropolitaine de Port-au-Prince, détruisant 80% des écoles. 80% des habitations sont endommagées. La coopération américaine évalue le nombre de blessés à 300 000, et des dizaines de milliers de personnes se retrouvent sans abris. Lorsque la secousse a lieu, il est 17h00 locale, et à cette heure-là, les familles sont « éclatées » ; l’un des deux parents est au travail, les enfants sont à l’école. Ceux qui ont de la famille ailleurs que dans la capitale partent à pied dans le reste du pays. Pour ceux qui restent, les habitants dorment dans la rue sous des abris de fortune occupant le moindre carré d’herbe disponible, ou montant des tentes dans les rues de peur de revenir dormir dans leurs maisons endommagées. Les administrations sont à terre : du Ministère de la Justice ne reste que le fronton du bâtiment ; des papiers administratifs volent partout. Il n’y a plus de douanes. L’hôtel qui hébergeait les Nations-Unies s’est effondré sur lui-même, tuant la plupart des personnels de l’organisation. Le palais présidentiel est partiellement effondré.

Le soir de la secousse, beaucoup d’haïtiens se dirigent vers les structures de santé qui sont restées debout : à l’hôpital de Choscal65, disposant de deux blocs opératoires, sur 400 personnes attendant d’être opérées le soir du 12 Janvier, seules 50 ont pu être sauvées par MSF Belgique, dont les chirurgiens opéraient à la lumière des phares des voitures.

 

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